Histoire de la Phänomen-werk
En 1888, l’ingénieur Gustav
HILLER installe à Zittau sa première entreprise de machines à filer. Très
rapidement, ne perçant pas le marché, il diversifie son commerce en distribuant
des bicyclettes dont il a perfectionné le design. Il rachète en 1898 la société
productrice de ces bicycles et fait fabriquer son propre deux-roues le
« Phänomen-Rover ».

Affiche du Städtische
Museen Zittau
Cette fois c’est un succès, et
cela permet à la société de passer à l’échelle supérieure : la production
de motos, de voitures (« Phänomobil » puis « Phänomen ») et
d’utilitaires (« Granit 30 »). Ce-dernier modèle devient l’emblème de
la réussite de la Phänomen-werk. De 1939 à 1945, l’usine – comme la grande
partie des usines du Reich – passe en production de guerre : armement et
construction de la « Granit 1500 ». Cette production cesse à
l’arrivée des armées soviétiques au printemps 1945. Ils demanderont le
démantèlement de l’usine qui par la suite, alors localisée en Allemagne de
l’Est, sera rebaptisée la « VEB Robur-Werke ». L’usine reprendra la
production de camions avec un pic de production dans les années 60 puis se
dégradera dans les années 80 jusqu’à son dernier souffle en 1991. L’usine
existe toujours mais est en ruine à l’abandon.
La vie de prisonnier à Zittau
Introduction sur Roger LEPOITTEVIN
Roger Henri Auguste LEPOITTEVIN
(1908-1991), naît le 3 juin 1908 à Houlgate (Calvados), premier enfant
d’Auguste et Marie LEPOITTEVIN, couple manchois expatrié dans le Calvados pour
les besoins des chemins de fer. Ils vivent à Houlgate au chemin des Douets
puis déménageront un peu partout : à Granville, à
Saint-Nicolas-de-Granville, à Flers où il passera une partie de sa scolarité,
et jusqu’à Argenteuil.
Il passera son service militaire
avec la classe de 1928. Il est enregistré au bureau de Versailles sous le
matricule 5950. Je n’ai pas consulté sa fiche matricule.
Il se marie en 1932 à Flers avec
Léa BENOIST. Il est alors expéditionnaire comptabilité pour la SNCF à Paris-Est
à Argenteuil. Ils auront deux enfants.
De la mobilisation à la capture
A la mobilisation de 1939, il
doit être rappelé comme sapeur de chemins de fer
par le 15e Régiment du Génie. Il est affecté par le Centre
Mobilisateur du Génie à la 638e Compagnie de Construction qui
s’occupait des travaux ferroviaires. Roger LEPOITTEVIN considèrera André
DUCREUX comme un frère, faisant partie de sa section en 1939-1940 :
« que de fois nous avons échangés des vues sur notre vieux Flers, en
travaillant aux terrassements pour la voie de 0,60 à Vigy, dans les bois de
Montrequienne (à Rurange-lès-Thionville) ou à Damloup ».
Cette compagnie 638, en repli depuis mai 40, se fera en grande partie capturée
aux alentours de Remiremont le 19 juin puis Corcieux le 23 juin 1940 :
« En cette fin de mai, nous battions alors en retraite, espérant
échapper à l’étau des vainqueurs qui nous enserrait de toutes parts ».
« C’est chez [Jacques BAMMERT, notre sous-officier d’intendance, à
Remiremont] que notre compagnie s’est trouvée rassemblée dans la nuit du 18 au
19 juin 1940. C’est là aussi que j’ai fait la dernière garde de chef de poste,
à 3 heures du matin, le 19, avec mission de donner l’alerte dès l’arrivée des
éléments avancés de l’armée allemande dans le Val d’Ajol, ce qui n’empêcha pas
le « pitaine » de se faire « cueillir » à la première
sortie, et
nous le dimanche 23 juin, à Corcieux,
avec le lieutenant LHORTET, le seul officier resté avec nous, et auquel je
rends hommage pour son cran et sa sollicitude à notre égard ».
« En juin, la capture de presque toute l’armée française, les séjours
dans les camps provisoires en France, puis le transfert en Allemagne, dans des
wagons à bestiaux ; où un séjour de cinq ans nous était réservé. Qui
l’aurait cru à cette époque ? ».
Malgré la déroute, Roger LEPOITTEVIN évoque des « hauts faits
militaires de la 638 ».
Les débuts de la captivité
L’ensemble de ces soldats,
fraîchement faits prisonniers, seront, dans un premier temps, internés dans des
camps de fortune improvisés par les Allemands, sans abri, sous une pluie
diluvienne. Vers le 26-27 juin, ils seront très certainement transportés vers
le Frontstalag 121, fraîchement déployé, à la caserne Courcy d’Epinal. Ils y
resteront un mois et demi. Rassemblés, triés, immatriculés, ils seront
progressivement acheminés vers l’Allemagne par convois ferroviaires et
dispatchés dans divers Wehrkreis.
Nos prisonniers seront envoyés
début août 1940 au Stalag IV-A d’Elsterhorst. Roger LEPOITTEVIN sera
immatriculé sous le n°27413. Quelques-uns de ses amis de compagnie se feront
immatriculés dans la même série :
Eugène GOLFIER (1916-2000) sous le n°27411, Séraphin BAMMERT (1905-1980), sous
le n°27412, l’abbé Claude BIETRON (1910-), sous le n°27414, René COMTE
(1903-1974), sous le n°27415, et le sergent-chef de la compagnie Georges
RIVIERE (1902-1987), sous le n°27416. Au camp principal, il y a des baraques
mais aussi de nombreuses tentes, car il y a de plus en plus de monde qui y
transite.
Après un furtif passage au camp
principal, les prisonniers sont éparpillés dans divers Arbeitkommandos
de la région. Il semblerait que Roger LEPOITTEVIN ait été envoyé en premier
lieu à Zittau, pour travailler à la Reichsbahn. On sait qu’il était avec
Fernand CHAUVET (1913-1983 – n°23937) qui témoigne des tâches à effectuer sur
place : « Rappelez-vous tous ces wagons de terre à décharger
devant l’usine Phänomen, les reins me font encore mal d’y penser ».
Roger LEPOITTEVIN mentionne d’autres faits et camarades d’infortune :
« A l’époque, (Raymond VAN LEEUWEN) était le seul parmi nous à savoir
l’allemand. A ce titre, il nous rendit bien des services pour tous nos besoins
vis-à-vis de nos geôliers. Mais cela lui valut aussi des engueulades de la part
de ces derniers, lorsqu’il faisait semblant de ne pas comprendre leurs
reproches. Pauvre Raymond, quel mal nous t’avons donné ! Heureusement, le
soir, tu te détendais de tes fonctions de « dolmetscher » et des
terrassements, en faisant de longues parties de tarot avec les GALLAND,
CLOQUEMIN (Bernard – 1905-1985 – n°27464), GOLFIER (Eugène), COUGNET (Jacques –
1917-2002 – n°27448), RIVIERE (Georges), etc ».
Le travail à la Reichsbahn
étant assez compliqué, il semble qu’il y ait eu un certain roulement parmi les
prisonniers de Zittau pour y travailler. Fernand CHAUVET par exemple, partira
ensuite vers un emploi moins contraignant, vers ce qu’ils appelaient le « Kommando
des jardiniers et fleuristes » avant de revenir à la fin de sa
captivité à la Reichsbahn.
Le travail à l’usine
Après un peu plus d’un an à la Reichsbahn,
Roger LEPOITTEVIN déménage le 3 décembre 1941
pour l’Arbeitkommando n°713 : la Phänomen-werk de Zittau. Parmi les
82 prisonniers de l’usine répertoriés par mes soins, aucun de ces compagnons de
régiment ne l’ont suivi dans cette usine. Pour autant, il se fera de très bons
amis parmi ses « collègues » de la Phänomen avec qui, il gardera un
contact tout au long de sa vie.
Parmi les nouveaux
« Zittauer » français et belges contraints au travail à l’usine, on
retrouvera un affûteur (Missou MAGHIA), un aide-monteur (Français RABARDEL),
dix ajusteurs-mécaniciens (Fernand DELFOSSE, René DETHIER, Gabriel DUPASQUIER,
Louis DUPONT, Roland GENOT, Fernand MARTIN, André MONTEL, René PASLEAU, René
POLSON et François THERER), un employé auxiliaire (Fernand COMBELLAS), un
ébarbeur (Fernand ABDISSI), deux électriciens (Raymond CUNY et René SCARNIET),
un fraiseur (Georges LECLERCQ), trois magasiniers (Jules ADAM, René MORELLE et
Auguste NICOU), six ouvriers affectés au transport (Eli BRIFFOZ, Fernand
GERWAIS, Marcel GOFFINON, André LACHENAUD, Hubert PIRONET et Robert PRIVAT),
six perceurs (Hector BOURDON, Marceau BUCERON, Charles DERBANNE, Camille DUPONT
dit Petit Camille, René MARION et Louis THOMAS), deux polisseurs (Paul
CHAPILLON et René JEUNEUX), un raboteur (Maurice OLIVIER), un rectifieur
cylindrique (Joseph DUBOIS) et six tourneurs (Roger BONTET, Pierre HOLOFFE,
Auguste LECLERE, Hubert LOUVEIGNE, Alexis PETURQUENNE et Gaston SACRE).
Roger LEPOITTEVIN, malgré un « entretien professionnel » le 3
décembre 1941 le déclarant comme secrétaire administratif de la SNCF, sera employé
comme ouvrier qualifié perceur à l’atelier mécanique sous la direction du
contremaître MUHLE. Cela restait malgré tout en accord avec les travaux manuels
d’un sapeur du 15e Génie. Il semble ensuite s’occuper des trous
à percer pour des boitiers de radiateurs sous la direction du contremaître
GROCKE.
Il y reste jusqu’au 16 juillet 1943,
date à laquelle il choisira la transformation dont on évoquera le sujet plus
loin. Fernand DELFOSSE, lui, était fraiseur sous les ordres de MUHLE, très
certainement à l’atelier mécanique, puis ajusteur-mécanicien / fraiseur sur les pièces en
acier sous les ordres de ZÖLLNER.
C’était bien plus compatible avec ses fonctions de mécaniciens dans le civil. Il
écrira à sa femme pour la rassurer : « Je trouve ma distraction dans le travail qui me
plaît beaucoup pour le moment. Ferme les yeux et représente-toi ton mari dans
un atelier d’outillage, devant son banc et juste en face d’une grande fenêtre
qui pourra s’ouvrir dès que le beau temps sera arrivé. Je reçois mes plans, le
matériel, ensuite, je me débrouille et je m’en tire en jouant, ce qui est une
satisfaction d’amour propre. Mon travail suffit à m’occuper et à me distraire ». En mai 1944, il raconte : « Demain je recommence mais je vais aller sur une nouvelle petite
fraiseuse d’outillage, un bijou de 12.000 Mark ». Le contremaître ZÖLLNER semble diriger en décembre 1943, 70%
des effectifs franco‑belges à l’usine.
On notera également que parmi les responsables allemands, les arbeitkommandoführer
de l’AK. 713, on a connaissance des sous-officiers WEISE
et MACKOWIAK.
Les « salaires »
étaient bien maigres. L’entreprise versait 60% du salaire d’un employé allemand
de même qualification à la Wehrmacht, qui prélevait les frais de nourriture, de
logement, d’entretien (pour leur bleu de travail par exemple) et les frais
administratifs liés au camp. L’indemnité revenant au prisonnier était versée
sous forme de « Lagergeld », c’est-à-dire une monnaie de camp.
Cela évitait que les « Gefangs » ne puissent disposer
librement de Reichsmarks et rendre plus difficile une évasion. Le salaire
horaire en 42 équivalait à 0,36 pfennigs ; en soustrayant l’ensemble des
taxes de prisonniers, ils n’en touchaient qu’environ 20%. Les prisonniers ne
comptaient que sur la prime de productivité pour mettre un peu d’argent de côté.
A la Phänomen, elle pouvait leur permettre de « doubler » leur faible
salaire. Les primes devaient être sujettes à des travaux pénibles et selon
certains témoignages, il y avait également du travail de nuit à l’usine.
Cette petite somme « en surplus » était en général, envoyée en France
ou en Belgique pour les besoins de leur famille.
Bureau d'intendance s'occupant des salaires de P.G. dans les environs de Zittau
En mars 1943, un courrier précise
les règles pour le paiement des salaires et des heures supplémentaires qui sont
enfin payées : « la rémunération s'élève, pour les militaires du
rang et sous‑officiers français, à 60 % du salaire conventionnel d'un ouvrier
ou employé allemand exerçant la même activité. La possibilité d'une indemnité
d'heures supplémentaires existe ; elle est de 30 pfennigs pour la première
heure et de 20 pfennigs pour chaque heure supplémentaire. Le paiement de ces
heures supplémentaires s'effectue, comme pour les autres prisonniers de guerre
français, par l'intermédiaire du Stalag » ; Quelques mois plus
tard, le salaire horaire pour les prisonniers franco‑belges est fixé à 0,70
pfennigs sans surcoût pour les heures supplémentaires.
A noter que de nombreux prisonniers
russes travaillaient également à l’usine. En novembre 1943, ils étaient 111 !
Leur salaire était encore inférieur à celui de nos P.G.
La vie de prisonnier
La vie en dehors des heures de
travail à l’usine, c’est-à-dire les soirs et dimanches, se passait
majoritairement à l’usine, puisqu’ils y travaillaient, mangeaient et dormaient.
Ils y vivaient la vie classique des prisonniers de guerre affectés dans l'industrie allemande. Camille
DUPONT (n°19251 IV-B) battait « le rappel chez Phänomen pour l’échange
de nos vieilles guenilles à la Zahlmeisterei ». Bien
malheureux, les P.G. essayaient « d’oublier les misères des
« piaules » de Phänomen avec les lits à étages ! ».
Jean VELLA (n°29399 IV-B) dormait en face de Roger LEPOITTEVIN. René JEUNEUX
(1904-1964 – n°33601)
se rappelle « des souvenirs désagréables de la vie de captivité qui,
avec le recul du temps, deviennent presque des bons souvenirs : souvenirs
des coups de gueule amicaux que l’on regrette de ne plus entendre, mais aussi
de souvenirs de bonne camaraderie que l’on voudrait retrouver ».
Cette camaraderie était présente par exemple lorsqu’ils chantaient ensemble « On
nous a fait prisonniers » et « On mange des kartoffeln »,
hymnes des prisonniers du Stalag IV-A. Jean VELLA avait écrit la chanson
« Mon papa à moi » pendant sa captivité à Zittau.
Elle évoquait les enfants laissés au pays et les pères de famille entonnaient
cet air qu’ils n’oublieront jamais. Robert GARNIER (1920-1988 – n°38403 IV-B) les
accompagnait en musique. Le soir, c’était aussi le moment de se moquer de leurs
gardiens « Chleuh » comme l’un d’eux qu’ils surnommaient
« Beefsteak à Corbeaux ».

Dessin d'une chambrée de BUZZINI
Mais les « Gefangs »
pouvaient également aller lire et apprendre à la bibliothèque du Kommando, elle
était aménagée dans une salle de lecture mise à disposition par l’usine. René
JEUNEUX, après sa journée de travail comme polisseur,
prenait ses fonctions de bibliothécaire. « Vous rappelez-vous avec quel
soin il veillait sur les livres ? Je me plais encore à le revoir là-bas
dans la salle de lecture, assis de côté, lisant un « bouquin » et
fumant sa pipe avec délices... C’était pour lui sa « jouissance »
complète ».
Il était aidé d’Emile ARTEL (1911-1972 - n°22635),
dit Mimile, « ni les uns, ni les autres, n’oublient ce que tu
faisais en dehors des heures de travail, là-bas, pour seconder JEUNEUX et
mettre à notre disposition une bibliothèque impeccable. Avec quel amour tu
couvais et rangeais les « bouquins » que chacun d’entre nous
t’apportait pour les mettre à disposition de tous ! ».
Les prisonniers pouvaient également apprendre et s’instruire. « Fernand
DELFOSSE évoque les cours d’allemand où l’on s’efforçait, pour enrichir son
esprit, à s’initier à la langue de Goethe... ce qui nous permettait par la même
occasion de pouvoir être compris des « Chleuh » dans les invectives
que nous leur adressions lorsqu’ils nous emmerdaient trop ».
Ces moments d’instruction permettront à Marcel MOUSSU (1909-1998 – n°15608 FS-171),
de passer le Certificat d’Etudes Primaires au district de Zittau
et à Georges LECLERCQ (n°10952 I-A), d’obtenir le degré supérieur en langue
allemande. Il avait pu pour cela suivre les cours par correspondance de la
Stalag-Université enseignés par Lucien DEFLERS.
Il s’était rendu alors au château d’Hohnstein pour les épreuves de janvier 1945
« Après deux épreuves écrites : thème et version, d’une durée
totale de trois heures, les quelques candidats admissibles du degré supérieur
ont eu, à l’oral, à lire et traduire un texte littéraire, à répondre à quelques
questions de grammaire et à lire et traduire un petit texte, plus facile, de
revue ». Cela
validait ainsi ses années de captivité à s’occuper des prisonniers, car, il
était pour une grande partie de son temps à la Phänomen, l’Homme de Confiance
des belges.
Georges LECAPLAIN (1914-1979 –
n°33865) se remémorera cette vie à l’usine : « Il n’y a pas de
semaine où je ne pense à ce que fut notre vie là-bas, avec des camarades
français et belges, si sympathiques et dont je garde un inoubliable souvenir.
Ce fut mon dernier Kommando (celui de Phänomen), ce fut aussi le meilleur. Je
ne te jetterais pas de fleurs (LEPOITTEVIN – Homme de Confiance français) mais
avec Georges LECLERCQ (Homme de Confiance belge), qui pourtant n’avait pas le
même tempérament, nous nous sentions forts... et c’est peut-être avec le rappel
du temps que nous l’apprécions davantage. L’abbé (Bernard DEMOULIN – 1912-1987
– n°34077 IV-B), lui, fut toujours aussi à la hauteur de sa tâche, avec les
croyants comme avec les athées, ne bâtissant pas de chapelle à l’intérieur de
ce Kommando, mais plutôt une union qui le rendit si populaire... Il fut pour
moi et les autres un inoubliable camarade » ! Et les femmes de
prisonniers lui doivent « en grande partie la fidélité de leur mari ;
rappelez-vous les sermons de l’abbé » !
« Je ne peux penser à cette petite ville de Zittau sans revoir, en
esprit, le Kommando, (...) les « meisters » bons ou mauvais, la soupe
au cumin du lundi, et les « kartofelln » pourries que l’on nous
servait (...), la cuisine du dimanche soir, avec les biscuits au chocolat
(provenant de nos colis !). Il faudrait des pages et des pages pour
raconter tout cela... savoureux pour nous, mais ennuyeux pour ceux qui n’ont
pas passé par là... ».
Il faut croire malheureusement, qu’il avait tort ; lui, et tant d’autres
qui se sentirent honteux et délaissés, car nous sommes nombreux aujourd’hui à
tenter de reconstituer leur parcours, leur vie, et essayer de comprendre ce
qu’ils ont vécu et surtout ce qu’ils n’ont pas dit et raconté ...
En tout cas, LECAPLAIN n’était
pas le seul à se plaindre de la nourriture, des « kartoffeln » cuites
à l’eau
« et ces repas où nous recevions pour tout aliment un bol de soupe
au millet. Tu en avais une sainte horreur et tu me le refilais. C’était pour
moi « du rab » qui apaisait un peu la faim »
avec du café‑ersatz pour seule boisson.
Enfin, pour clôturer ce chapitre,
il faut bien sûr parler des activités, autres que les jeux de cartes, qui
étaient omniprésents dans les chambrées : certains dimanches, les
prisonniers étaient autorisés à se rendre au cinéma de Zittau « où
nous étions fiers d’avoir un pantalon bien repassé et rempli... de
pièces ! » ; et il y avait également le théâtre comme dans
beaucoup de « gros » Kommandos où l’on avait suffisamment
« d’acteurs » pour se le permettre. « Je pense mon cher Jean (TAMBURINI
– 1917‑2003 – n°23015), que tu te souviens des rôles de femme que l’abbé te
faisait jouer dans les pièces de théâtre, et des reproches gentils qu’il
t’adressait pour une poitrine peu avantageuse... bourrée pour la circonstance
avec des vieux chiffons ! Ce que nous avons pu rire de cela ! Et toi
le premier. (...) Ce brave petit « Tambur » ou
« Pitchounet », comme l’appelait (Emile) PELISSIER (1914-2006 –
n°23984) ».
A noter enfin, que vers novembre
1943, les prisonniers franco-belges sont déplacés de l’usine à Marschnerstraße,
la rue parallèle et à l’arrière de l’usine. Quelle en est la raison ? Je
ne sais pas. Seul le Capitaine Pierre SAUNAL (1892-1944 – n°3491 Oflag IV-D) restera
sur place avec des semi-libertés proches d’un civil : droit à la cantine,
salaire amélioré, possession des clefs du portail de l’usine, etc ...
Les rebellions
A une époque que je ne connais
pas, mais que j’estime à l’hiver 1942, les prisonniers Jean VELLA et EVANO se
sont évadés de la Phänomen. Il se rappelle le souvenir ineffaçable « de
(cette) évasion de Phänomen-Werke par un matin d’hiver, dans un brouillard à
couper au couteau ».
On n’en sait malheureusement pas plus ; ni s’ils ont été attrapés !
En 1945, à l’approche des alliés,
les prisonniers se laissaient aller à des formes de rebellions, et pour
certains refusaient même de travailler en se faisant porter pâle, à tort ou à
raison ! Au mois d’avril, seront malades :
Camille DUPONT, SCARNIET, POLSON, PIRONET, BRIFFOZ, MARTIN, HOLOFFE, RABARTEL,
SACRE, BUCERON, CUNY, PRIVAT, BONTET, MONTEL, Louis DUPONT, ADAM, LECLERE,
THOMAS, PASLEAU soit 56% des prisonniers franco-belges de la Phänomen !
Marceau BUCERON racontera une
anecdote de sa fin de captivité :
« Un soir nous étions partis à huit ((Louis) THOMAS (19304 IV-B) était
dans le groupe) pour voler des pommes de terre. Hélas, pris par des S.S., nous
sommes passés à la « schlague ». Séparé de mes camarades, je me
retrouvai en prison avec des civils polonais et des femmes ». Les huit
affamés nocturnes semblaient être PETURQUENNE, JEUNEUX, BUCERON, PRIVAT,
BONTET, MONTEL, LECLERE et THOMAS.
Je ne sais pas si Marceau BUCERON fut le seul à s’être retrouvé en prison mais
il y restera jusqu’à la « libération » que je raconterais plus loin.
La transformation à la Phänomen
En 1943, il est proposé aux
prisonniers de guerre un changement de statut juridique : la « transformation »
des « Gefangs » en travailleur civil libre (ou plutôt en liberté
relative). Cette transformation sera effective pour environ 200000 prisonniers.
Les intérêts pour le prisonnier ? Il reçoit un salaire de civil non amputé
des taxes propres aux prisonniers, il peut porter une tenue civile, se balader sans
escorte et peut, en théorie, rentrer en permission. Les intérêts pour les
allemands ? Les P.G. ne sont plus couverts par la Convention de Genève et
peuvent donc travailler sans réserve pour l’économie de guerre allemande. Cela
permet également à des milliers de soldats allemands, auparavant affectés à la
surveillance des prisonniers, de pouvoir être affectés ailleurs.
A la Phänomen-werk, il y aura plusieurs
vagues de transformation :
- Le 30 juin 1943, dix premiers prisonniers entrent
dans la vie civile : René BARBIER, René BARILLET dit Bichette, René
BASSET, Alphonse DAUCHEL, René DUMORTIER, Alphonse LECOUVREUR, Marcel LEGER,
René LEPREUX, Marcel MOUSSU et Henri SCHIROLI. Ils intègreront le camp localisé
à Zittau, Eckartsberger Straße 24.
- Le 17 juillet 1943, treize autres prisonniers
deviennent transformés : Louis BORDERIE, Louis BROUILLAT, Auguste
COIFFARD, Jean COURTINE, Aristide DAGUIDARD, Charles DEKUYPERE, Roger DELHOUME,
Robert GARNIER, Maurice GOUGEROT, Georges LECAPLAIN, Roger LEPOITTEVIN, Julien
PINAUDEAU et Julien VANDAELE. Ils seront installés au camp de Zittau localisé Bahnhofstraße
25.
- Le 30 juillet 1943, Daniel GIRAC intègre le même
camp.
- Le 6 août 1943, Louis JUSSEAUME intègre le même
camp.
- Le 22 août 1943, les cinq derniers transformés
de l’usine (Emile ARTEL, Louis BURLET, Lucien MOULINET, Emile PELISSIER et Jean
TAMBURINI) passent à la vie civile au camp de la Bahnhofstraße.
On notera que quatre transformés partiront
par la suite sur Hirschefelde au camp de Seiferts Höhe (ARTEL, BROUILLAT, GOUGEROT
et LECOUVREUR).
En 1944, il semblerait que le
Capitaine Pierre SAUNAL ait demandé également son passage à la vie civile
puisqu’on le retrouve dans le même camp de la Bahnhofstraße. Il n’y restera que
peu de temps car le 26 février, il semble « empoisonné par le gaz »
et décèdera au Reservelazarett de Zittau, alors âgé de 52 ans. Il sera
inhumé dans une tombe commune avec des russes au Frauenfriedhof de
Zittau ; ce qui le rendra inexhumable par la suite.
Il prendra la mention « Mort pour la France »
et aura une sépulture à la nécropole nationale « Le Pétant » à
Montauville.
C’est à l’occasion de sa
transformation que Roger LEPOITTEVIN recroisera de nombreux visages familiers
de la Reichsbahn ou de son ancienne compagnie dans les baraques de la « rue
de la gare ».
Ils se rendaient visite de baraque en baraque. Il semblerait d’après Thomas
STROCCHI que les transformés de la Phänomen s’étaient regroupés dans une même
baraque surnommée la « baraque Phänomen ».
Sur leur temps libre, ils
pouvaient jouer au football (avec Fernand CHAUVET)
ou prendre part à des pièces de théâtre comme à l’usine. C’est Jean POULET,
mécanicien à Glaubitz, qui dirigeait le théâtre des transformés avec la
complicité d’André PIVARD qui travaillait chez un fleuriste-maraîcher de
Zittau. En décembre 1944, POULET avait même réussi l’exploit de louer le
théâtre de Zittau pour faire jouer une pièce de théâtre que les Phänomen
avaient préparés pour tous les français du coin !
En semi-liberté, les transformés
pouvaient se balader dans Zittau : « nous ne pouvions nous
empêcher d’admirer ses remparts aux magnifiques parterres et son horloge
fleurie ».
Il est certain que cette liberté retrouvée avait enjolivée la vie extérieure à
l’usine. Georges LECAPLAIN qui y reviendra 20 ans plus tard, raconte son
périple de Zittau à Dresde : « Zittau que je trouvais jolie, m’a
paru non seulement triste, mais laide. Je me demande si nous n’avions pas
idéalisé cette ville, compte tenu de nos relations. Par contre, les alentours,
notamment Oybin, sont ravissants. Je n’ai pu retrouver la ferme où j’étais
resté un mois en 1942. Je l’ai bien regretté car le travail, en cet endroit,
n’avait pas donné satisfaction à mon Bauer ; et ça aurait été pour moi une
petite vengeance d’y arriver en voiture. Le « Faulenzer » (le
fainéant) s’était quand même bien défendu ! A Zittau, peu de voitures. Sur
l’autobahn de l’Ouest, une voiture tous les 10 mètres ; dans la zone
russe : 4 voitures au km. 50% des voitures ont plus de 15 ans. Par contre,
beaucoup de motos neuves, particulièrement chez les jeunes. Les gens sont
pauvrement vêtus. A Zittau, un seul hôtel convenable, ou plutôt passable. Les
nappes blanches ne sont pas immaculées. On mange toujours aussi mal dans les
restaurants – même à l’Ouest, et c’est relativement cher comparé à la France
qui reste le premier pays du bien manger. Bananes et oranges inconnues depuis
20 ans. Les magasins textiles et alimentaires pauvrement approvisionnés de
marchandises bon marché et sans goût. J’ai retrouvé à Zittau, un français marié
à une allemande qui travaille à l’abattoir de la ville. Le pauvre est
tuberculeux au dernier degré, mais ne semble pas malheureux. Il parle mieux
l’allemand que le français. Je suis allé à Lobau où j’ai été bien reçu dans la
fabrique où j’ai travaillé : café, bière, schnaps. Ils étaient heureux de
me recevoir. Je dois dire que j’ai trouvé partout un accueil sympathique. J’ai
visité Dresde dont un tiers n’est pas reconstruit. Il existe toujours des
orchestres tenus par des vieux jouant des valses de Strauss. On boit du café en
dégustant des gâteaux ».
Enfin, pour clôturer cette partie
concernant la vie des travailleurs transformés, il faut raconter l’un des
mauvais souvenir de Roger LEPOITTEVIN : « l’emprisonnement de
votre Homme de Confiance, les péripéties d’installation dans un café uniquement
réservé aux Français et où notre premier travail avait été la mise aux ordures
du portrait d’Hitler, avec toutes les conséquences policières qui en avaient
résulté, etc ».
Cela lui a valu trois semaines de prison à Löbau et un retour au camp à la
veille de Noël 1944 « on a fêté ce Noël en mangeant du canasson... le
repas était maigre, mais il était magnifique de voir notre solidarité et la
franche camaraderie qui nous unissait tous ».
Le grand départ
« En mai 1945, c’était la
libération. Pour nous qui étions à Zittau, elle ne fut pas immédiate. Elle ne
fut effective qu’après le bombardement de la ville, le 7 mai, qui entraîna le
départ des habitants, mais également celui des prisonniers ». En
effet, au matin du lundi 7 mai 1945, deux jours avant leur arrivée, les soviétiques
firent bombarder la ville de Zittau, épargnée jusqu’ici. Quarante-six maisons
furent détruites par les bombes et la caserne des pompiers sera en grande
partie effondrée.

La caserne de pompier de Zittau en partie effondrée
« (Les prisonniers) avaient
prévu une telle éventualité. On les vit alors s’égailler sur les routes
allemandes, faussant compagnie à leurs « anges gardiens » apeurés. La
plupart d’entre eux traînaient un petit chariot à quatre roues (portant nos
vieilles « nippes »),
comme on en voit tant en Allemagne, et qu’ils s’étaient procuré, ma foi, on ne
sait comment. Il vaut mieux ne pas en parler. Il contenait tous leurs
« trésors ». Avec Louis BURLET, dans cette nuit du 7 au 8 mai, alors
qu’une partie de Zittau brûlait, nous avions rallié un petit village à 7 kms
de là : Hainewalde (traînant, nous aussi, le petit chariot légendaire),
pour rejoindre le Kommando de (Fernand) FIOT, espérant y trouver plus de
sécurité. Beaucoup de camarades y vinrent également (même un anglais), et nous
y restâmes plus d’un mois, usant du droit de réquisition, comme des vainqueurs,
pour vivre sur l’habitant. Dans les maisons évacuées par leurs propriétaires,
nous pûmes faire main basse sur la volaille et même nous approprier un
« cochon ». Nous eûmes d’ailleurs des difficultés avec les soldats
russes, cantonnés à Grosschönau, qui voulurent rafler nos provisions et
notamment les kilos de tabac subtilisés dans un camp militaire allemand. Il y
eut pas mal de péripéties avec eux ».
Je « me rappelle notre petite aventure avec les Russes, lorsque nous
attendions les Américains, le 3 juin 1945, sur la place de la gare de Zittau
pour être évacués. Une patrouille, qui passait par là, nous emmena nettoyer un
bâtiment où ils avaient fait leurs orgies. Les récalcitrants, dont je faisais
partie, rentrés dans le rang avec des coups de pied au c.. et libérés ensuite
au début de l’après-midi avec rien dans le ventre, après une telle
corvée ! ».
Le lendemain, « le 4 juin 1945, nous embarquâmes en gare de Zittau pour
Reichenberg, et là, enfin, nous fûmes pris en charge par des officiers
américains et français. Voyage en camion jusqu’à Halle, et, de là, en avion
jusqu’au Bourget à Paris ».
Mais n’oublions pas Marceau
BUCERON ! Pour rappel, il était enfermé dans les prisons de Zittau pour
son vol nocturne de patates ! « Les russes sont arrivés, non sans,
au préalable, avoir lâché quelques bombes au phosphore sur le bâtiment. Les
vainqueurs ne nous lâchèrent pas pour cela et nous donnèrent l’ordre d’éteindre
le feu. Comme récompense, bouclés jusqu’au lendemain, avant de nous renvoyer ».
L’après-guerre
Après la guerre, Roger
LEPOITTEVIN se demandera ce « que sont devenus ceux qui nous en ont
fait « baver » ? Je serais heureux de le savoir, mais plus
heureux encore pour ceux qui nous traitèrent humainement. Et il y en eut
quelques-uns. Je pense en particulier au vieux « Feldwebel » qui, au
jour de l’an 1944, si je ne me trompe, offrit le premier ses bons vœux et ses
souhaits de retour rapide au milieu des nôtres ! ». En 1968, il aura quelques réponses : « j'ai eu quelques nouvelles du Deutsch Arbeitsfront (D.A.F.). Le "Gaulmann" a été tué à l'arrivée des troupes russes en 1945. ENDLER, son sous-chef, assez compréhensif avec les civils français, s'est enfui avec beaucoup d'autres "Kameraden" pour se faire oublier. Mais (...) rien n'est tout à fait oublié, et il vaut mieux ne pas remuer les cendres. Je me demande bien ce qu'est devenu le grand patron de "Phaenomen" Gustav Hiller... Au moment de la débâcle il m'avait demandé, vu son attitude correcte avec ses prisonniers, de parler pour lui aux Russes, en cas de besoin ».
Roger LEPOITTEVIN sera à l’initiative du
regroupement des gars de la Phänomen et affiliés. Ces-derniers étant ses amis
de la 638e Compagnie, de la Reichsbahn, puis des autres Zittauer
qui passaient aux baraques des travailleurs transformés. Intégrés à ce groupe, Georges
ou Jiri HAVEL dit « le petit tchèque » « qui nous
rendit tant de services chez Phänomen ! ».
Je ne sais à quelle période ils se sont rencontrés, mais ce jeune tchèque
restera l’un des plus fidèles contacts de Roger LEPOITTEVIN après-guerre malgré
la distance, Jiri étant à Prague !
Roger LEPOITTEVIN rédigera de nombreux
articles dans le journal « Le Moineau » puis « Le Lien du Stalag
IV-A » où la rédaction lui laissera une place pour rassembler ses anciens
co-prisonniers. Cela permettra de maintenir le contact et de provoquer des
rencontres entre belges et français :
- En septembre 1949, à Sartrouville chez Maurice
GOUGEROT
- En 1950, à Reims, chez l'abbé DEMOULIN
- En mai 1951, à Versailles chez RHONMY, allié des
Phänomen. Seront présents : Camille DUPONT, DEKUYPERE, DEMOULIN, Camille
DUPONT, GOUGEROT, HOLOFFE, JACOB, LECLERCQ, LEPOITTEVIN. Camille DUPONT
immortalisera le moment devant une déesse aquatique du Château de Versailles
- En juin 1954, à Reims, chez l’abbé DEMOULIN.
Seront présents : ARTEL, BONTET, BROUILLAT, CAILHOL, CUNY, DEMOULIN,
DERBANNE, DUPONT Camille, FIOT, JACOB, LECAPLAIN, Georges LECLERCQ,
LEPOITTEVIN, MARION, POLSON, THOMAS et JEANTILS. La réunion sera immortalisée
devant la Cathédrale
- En juin 1957, à Reims, chez l’abbé DEMOULIN.
Seront présents : BONTET, DEKUYPERE, DEMOULIN, HOLOFFE, LECLERCQ, LEPOITTEVIN
et MARION
- En juin 1960, à Reims, chez le chanoine
DEMOULIN. Seront présents : ABDISSI, BONTET, CAILHOL, DEKUYPERE, DEMOULIN,
DERBANNE, DUBOIS, GOUGEROT, JACOB, LECLERCQ, LEPOITTEVIN, OLIVIER, POIREE, POLSON.
- En juin 1965, pour les 20 ans de leur
libération, à Reims, chez le chanoine DEMOULIN. Seront présents : BONTET, BURLET,
DEKUYPERE, DELFOSSE, DEMOULIN, DETHIER, DUBOIS, GOUGEROT, LECLERCQ, LEPOITTEVIN,
MARION, OLIVIER, POLSON, SCARNIET.

Collection
personnelle de Régis SIBILLE, petit-fils de Fernand DELFOSSE
- En avril 1982, 250 anciens prisonniers
du Stalag IV-A se sont réunis et on sait que plusieurs anciens de la Phänomen y
étaient présents.
A noter une rumeur : pendant
plusieurs années, il se disait chez les « Zittauer » que Jacques
COUGNET était mort lors de l’avancée des russes.
Mais que nenni ! En 1953, il épouse à Wuppertal, une allemande ! Comme
quoi, les liens franco-allemands étaient encore possibles ! Il semble y
faire sa vie puisqu’il y décèdera en 2002.
Avec les années, le nombre de
membres, d’anciens prisonniers en vie, d’articles et de rencontres s’amenuisera.
Roger ne sera plus en capacité de maintenir l’écriture des articles. Mais d’aucun
des anciens prisonniers n’oubliera l’adresse de la rue des Morvrains à
Villiers-sur-Marne d’où il écrivait pendant toutes ces années. Il décèdera en
1991 et sa « Moinette », comme il disait,
lui survivra jusqu’en 2015. Merci Roger d’avoir été si prolixe, cela m’a permit
d’écrire cet article sur la Phänomen et les alentours de Zittau. En espérant
que cela sera utile à d’autres descendants des Zittauer !
***********
Liste des P.G. connus de la
Phänomen-werk (principalement ceux ayant travaillés à l’usine en 1943 et en
avril 1945)
- ABDISSI Ferdinand Paul Ghislain
(1917 Rhisnes - 2007 Mehaigne) - PG n°19325 IV-B (Ebarbeur)
-
ADAM Jules (Belge) - PG n°21230
IV-A (Magasinier)
-
ARTEL Emile Albert Louis Henri
(1911 Angers - 1972 Angers) - PG n°22635 IV-A (Aide-bibliothèque - Transformé)
-
BADIN Henri (Français - de Nice) - PG
n°15635 171 (Parti en 1943)
-
BARBIER René François Claude
(1904 La Machine - 1977 Decize) - PG n°29551 IV-A (Transformé)
-
BARILLET dit Bichette René (1916
Paris - 1991 Bondy) - PG n°27196 IV-A (Transformé)
-
BASSET René Victor (1913 Lyon II
- 1979 Ambilly) - PG n°22282 IV-A (Transformé)
-
BONTET Roger (Belge – de Forest)
- PG n°9365 I-A (Tourneur)
-
BORDERIE Louis André (1912
Cassignas - 2001 Villeneuve-sur-Lot) - PG n°1861 153 (Transformé)
-
BOURDON Hector Henri
Jean-Baptiste (1913 Ruitz - 1982 Bruay-en-Artois) - PG n°22851 IV-A (Perceur)
-
BRIFFOZ Eli - PG n°21162 IV-A
(Ouvrier de transport)
-
BROUILLAT Louis Eugène (1901
Niort - 1957 La Rochelle) - PG n°31035 IV-A (Transformé)
-
BUCERON Marceau Henri (1904
Vierzon - 1971 Paris XV) - PG n°30255 IV-A (Perceur - En prison)
-
BURLET Louis (1915 - de Dijon) -
PG n°24117 IV-A (Transformé)
-
CHAPILLON Paul - PG n°30115 IV-A
(Polisseur)
-
COIFFARD Auguste (1904 La Clotte
- 1983 Le Bouscat) - PG n°60068 IV-B (Transformé)
-
COMBELLAS Fernand - PG n°57272
IV-A (Ouvrier auxiliaire)
-
COURTINE Jean André (1914 Aubenas
- 1913 Pornichet) - PG n°27320 IV-A (Transformé)
-
CUNY Raymond Charles (1915
Saulxures-sur-Moselotte - 1993 Bar-le-Duc) - PG n°29567 IV-A (Electricien)
-
DAGUIDARD Aristide (1909 -
Français) - PG n°74570 IV-B (Transformé)
-
DAUCHEL Alphonse Robert (1916
Lormaison - 1912 Beaumont-sur-Oise) - PG n°22849 IV-A (Transformé)
-
DEKUYPERE dit Mimile Charles
Eugène (1911 Boulogne-sur-Mer - 1982 Pompéi) - PG n°43525 IV-B (Transformé)
-
DELFOSSE Fernand (1909 – Belge) -
PG n°21172 IV-A (Fraiseur - Ajusteur-mécanicien)
-
DELHOUME Roger Paul (1911 Houdan
- 1978 Civray) - PG n°29557 IV-A (Transformé)
-
DEMOULIN Bernard Marie Georges
Charles Paul (1912 Bazancourt - 1987 Reims) - PG n°64077 IV-B (Abbé)
-
DERBANNE Charles Albert (1917
Dijon - 2000 Dijon) - PG n°33610 IV-A (Perceur)
-
DETHIER René (Belge) - PG n°21210
IV-A (Ajusteur)
-
DUBOIS Joseph (Belge – de Chenee)
- PG n°21308 IV-A (Rectificateur cylindrique)
-
DUMORTIER René (1915 Tourcoing –
1997 en Belgique) - PG n°26938 IV-A (Transformé)
-
DUPASQUIER Gabriel Charles (1911
Versigny - 1998 Montmorency) - PG n°29550 IV-A (Ajusteur-mécanicien)
-
DUPONT Camille (Belge – de Bruxelles
- > 1984) - PG n°19251 IV-B (Perceur)
-
DUPONT Louis - PG n°656 112
(Ajusteur-mécanicien)
-
EVANO (Evadé)
-
GARNIER Robert Jean (1920
Pont-à-Mousson - 1988 Dunkerque) - PG n°38403 IV-B (Musicien - Transformé)
-
GENOT Roland Théophile (1912
Moineville - 2004 Vaison-la-Romaine) - PG n°30649 IV-A (Ajusteur-mécanicien)
-
GERWAIS Fernand - PG n°523 125
(Ouvrier de transport)
-
GIRAC Daniel Joseph (1914
Tonneins - 1965 La Fouillouse) - PG n°27170 IV-A (Transformé)
-
GOFFINON Marcel - PG n°19434 IV-B
(Ouvrier de transport)
-
GOUGEROT Maurice Louis (1913
Sartrouville - 1993 Saint-Germain-en-Laye) - PG n°29548 IV-A (Transformé)
-
GUILLEMOT Joseph (1911 Pontivy -
1998 Aubervilliers) - PG n°32950 IV-A (Parti en 1943)
-
GUIOUILLER Marcel Ernest (1907
Laigné - 1986 Evron) - PG n°29433 IV-A (Parti en 1943)
-
HAMON
-
HOLOFFE Pierre (Belge – de Nivelles)
- PG n°19627 I-A (Tourneur)
-
IVALDI Gelsomino (1914 Calosso -
1912 Saint-Laurent-du-Var) - PG n°26855 IV-A (Transformé)
-
JACOB Marcel - PG n°11856 133
(Parti en 1943)
-
JEUNEUX René Louis (1904 Paris
XVIII - 1964 Chaumont) - PG n°33601 IV-A (Polisseur - Bibliothécaire)
-
JUSSEAUME Louis Auguste (1913
Boron) - PG n°22612 IV-A (Transformé)
-
LACHENAUD André - PG n°106 IV-C
(Ouvrier de transport)
-
LE GOUZIOU - IV-A (Arrivé en 1945)
-
LECAPLAIN Georges Ovide (1914 La
Haye-du-Puits - 1979 Caen) - PG n°33865 IV-A (Transformé)
-
LECLERCQ Georges (Belge) - PG
n°10952 I-A (Homme de confiance belge - Fraiseur)
-
LECLERE Auguste - PG n°19311 IV-B
(Tourneur)
-
LECOUVREUR Alphonse Eugène (1900
Caudebec-lès-Elbeuf - 1963 Elbeuf) - PG n°6622 133 (Transformé)
-
LEGER Marcel (1912 Frouard - 1972
Saint-Sébastien-de-Morsent) - PG n°26592 IV-A (Transformé)
-
LEPOITTEVIN Roger Henri Auguste
(1908 Houlgate - 1991 Nogent-sur-Marne) - PG n°27413 IV-A (Homme de Confiance
français - Perceur - Transformé - En prison - De la 638e Cie)
-
LEPREUX René - PG n°10970 133
(Transformé)
-
LOUVEIGNE Hubert - PG n°21165
IV-A (Tourneur)
-
MAGHIA Missou - PG n°18892 IV-B
(Affûteur)
-
MARION René (Belge) - PG n°19612
I-A (Perceur)
-
MARTIN Fernand - PG n°58144
XVII-B (Ajusteur-mécanicien)
-
MONNON (Belge – de Dinant)
-
MONTEL André - PG n°526 VII-B
(Ajusteur-mécanicien)
-
MORELLE René Emile Olivier (1914
Fontaine-les-Vervins - 1997 Laon) - PG n°29721 IV-A (Magasinier)
-
MOULINET Lucien (1906 Montluçon -
1988 Désertines) - PG n°24067 IV-A (Transformé)
-
MOUSSU Marcel Albert Fernand
(1909 Ninville - 1998 Chaumont) - PG n°15608 171 (Transformé)
-
NICOU Auguste - PG n°6717 IV-C
(Magasinier)
-
OLIVIER Maurice - PG n°19324 IV-B
(Raboteur)
-
PASLEAU René - PG n°19429 IV-B
(Ajusteur-mécanicien)
-
PELLISSIER Emile Renée Raphael
(1914 Aspres-lès-Corps - 2006 La Fare-en-Champsaur) - PG n°23984 IV-A (Homme de
Confiance français - Transformé)
-
PELLITIER Marie - PG n°6911 IV-C
-
PETURQUENNE Alexis - PG n°21163
IV-A (Tourneur)
-
PINAUDEAU Julien (1905 - Français)
- PG n°87 IV-B (Transformé)
-
PIRONET Hubert - PG n°21309 IV-A
(Ouvrier de transport)
-
POLSON René (Belge – de Charleroi
- > 1983) - PG n°20178 IV-A (Ajusteur-mécanicien)
-
PRIVAT Robert Marcel (1911 Paris
XV - 1986 Paris XV) - PG n°34292 IV-A (Ouvrier de transport)
-
RABARDEL François - PG n°10901
133 (Aide-monteur)
-
SACRE Gaston Albert Marie (1918
Rochefort - 1992 Nantes) - PG n°12371 171 (Homme de Confiance français -
Tourneur)
-
SAUNAL Pierre Lucien Louis (1992
Toulouse - 1944 Zittau) - PG n°3491 Oflag IV-D (Capitaine - Aide-dessinateur -
Transformé)
-
SCARNIET René (Belge – de Vilvoorde
- > 1983) - PG n°19283 IV-B (Electricien)
-
SCHIROLI Henri Charles Jean (1918
Marseille) - PG n°48557 IV-B (Transformé)
-
TAMBURINI dit Tambur ou
Pitchounet Jean Marius Fernand (1917 Marseille - 2003 Eyguières) - PG n°23015
IV-A (Transformé)
-
THERER dit Le Zazou François (Belge
- ~1966) - PG n°2020 IV-B (Ajusteur)
-
THOMAS Louis (Belge) - PG n°19304
IV-B (Perceur)
-
VALLEE Pierre Marie Léon (1903
Vieux-Vy-sur-Couesnon - 1964 Saint-Étienne-en-Coglès) - PG n°13864 133 (Parti
en 1943)
-
VANDAELE Julien (1914 Tourcoing -
1979 Tourcoing) - PG n°26637 IV-A (Transformé)
-
VELLA Jean (Français – de Clichy)
- PG n°29399 IV-B (Evadé)
-
VINDRET (Arrivé en 1945)
Liste des P.G. alliés du groupe
des Phänomen (et quelques civils*)
- CAILHOL Louis (19 Paris VI) - (A
la Spinnerei - De la 638e Cie)
- CANOBERT André (1924 - Belge) - (Civil à Zittau)*
-
CHAUVET Fernand Auguste (1913
Saint-Germain-de-Coulamer - 1983 Brest) - PG n°23937 IV-A (A la Reichsbahn -
Chez un fleuriste-maraîcher - Transformé)
-
CLOQUEMIN Bernard Pierre (1905
Torvilliers - 1985 Troyes) - PG n°27464 IV-A (A la Reichsbahn)
-
COUGNET Jacques Pierre Raymond
(1917 Paris XIV - 2002 Wuppertal) - (A la Reichsbahn)
-
FABRE Lucien - (Chez un
fleuriste-maraîcher - Transformé)
-
FIOT Fernand - (Homme de
Confiance à Hainewalde - De la 638e Cie)
-
GALLAND - (A la Reichsbahn)
-
GOLFIER Eugène (1916 Sornay -
2000 Saint-Rémy) - PG n°27411 IV-A (A la Reichsbahn - De la 638e Cie)
-
GOODLAD - (A la Reichsbahn)
-
HAMON Robert Marie Léon (1910
Préfailles) - IV-A (A la Gaz-Werke)
-
HAVEL Georges/Jiri (1922 Prague - 1984) - (A
Zittau)
-
JANTI Ernest (1924 - Belge) - (Civil
à Zittau)*
-
MERIGOT Jean Baptiste (1909
Ambazac - 1981 Ambazac) - (A Grossporitsch)
-
PAULY André
-
PIVARD André (Français – de Chemin)
- (Chez un fleuriste-maraîcher - Transformé - S'occupe du théâtre)
-
POIREE Raymond (Français) - (A la
Reichsbahn - De la 638e Cie)
-
POULET Jean François (1918 Le
Pont-de-Beauvoisin - 2007 Le Pont-de-Beauvoisin) - (Mécanicien à Glaubitz -
Transformé - Directeur du théâtre)
-
RHOUMY - (Travail agricole)
-
RIVIERE Georges Eugène Alphonse
(1902 Athis-Mons - 1987 Draveil) - PG n°27416 IV-A (A la Reichsbahn - Chez un
agriculteur - De la 638e Cie)
-
ROUSSET Maurice - (Environs de
Zittau)
-
STROCCHI Thomas Joseph (1910 Nice
- 1992 Nice) - (Transformé)
-
VAN LEEUWEN Raymond - (A la
Reichsbahn - Interprète)
-
ZURCHER Séraphin dit Edmond (1904
Paris XX – 1981 Clichy) - IV-B (A Zittau - Transformé)
***********
Si vous connaissez
des personnes mentionnées dans ce texte
Si vous connaissez
des personnes qui ont été internées au Stalag IV A
N'hésitez pas à
laisser un commentaire avec les détails connus :
NOM, Prénom,
Matricule, Stalags, Kommandos, activités ...
ou me laisser un
message sur ma messagerie : stalag4a@gmail.com
Merci de votre
visite !
Article rédigé en juillet 2026 par Kévin MURET